Mur peint "Kalis"
À propos
Le mur peint "Kalis", réalisé en 1986 par Gérard Tisserand sur un immeuble dans le quartier de Basseau à Angoulême, est particulier dans l'histoire des murs peints d'Angoulême car il ne représente pas un personnage de bande dessinée. Il est antérieur à la grande vague des fresques de bande dessinée qui ont fait la renommée de la ville à partir de la fin des années 1990. Il appartient à une première génération de fresques destinées à transformer le cadre de vie et à donner une identité visuelle forte à un quartier en rénovation.
Son histoire est intimement liée à celle de Basseau, un quartier qui a connu de profondes transformations. Ancien secteur industriel et ouvrier, Basseau s'est développé autour des activités de la vallée de la Charente. Après la fermeture de plusieurs sites industriels et les opérations de rénovation urbaine, le quartier a dû reconstruire son identité.
Dans ce contexte, la fresque "Kalis" n'a pas été conçue comme une attraction touristique. L'objectif était d'introduire une œuvre d'art monumentale dans le quotidien des habitants, de transformer un grand pignon d'immeuble en repère visuel et de montrer que l'art pouvait trouver sa place dans un quartier populaire. Cette démarche était assez novatrice au milieu des années 1980.
Sa signification est avant tout symbolique et urbaine :
- Valoriser le quartier : la fresque a été créée pour embellir un environnement marqué par les grands ensembles et offrir un repère artistique aux habitants.
- Créer un sentiment d'appartenance : contrairement aux murs peints plus récents consacrés à la BD, "Kalis" est une œuvre pensée pour les habitants du quartier avant d'être une attraction touristique.
- Jouer sur l'abstraction et la couleur : l'artiste Gérard Tisserand privilégie des formes stylisées et des couleurs vives. L'œuvre ne raconte pas une histoire précise ; elle invite plutôt à une interprétation personnelle, autour de thèmes comme le mouvement, l'énergie et la vie collective.
- Le titre "Kalis" lui-même n'a pas fait l'objet d'une explication officielle connue. Les sources disponibles ne lui attribuent pas de signification précise, ce qui renforce le caractère ouvert et poétique de l'œuvre.
Le choix de Gérard Tisserand n'est pas anodin. Enseignant à Angoulême pendant de nombreuses années, il était une figure importante de la Figuration narrative, un mouvement artistique qui cherchait à rendre l'art accessible tout en portant un regard sur la société. Son travail privilégiait les images fortes, la couleur et la présence de l'art dans l'espace public plutôt que dans les seuls musées.
Avec le temps, la fresque "Kalis" est devenu un symbole du quartier pour plusieurs raisons :
- c'est l'une des plus anciennes grandes fresques monumentales d'Angoulême ;
- plusieurs générations d'habitants ont grandi avec cette œuvre comme point de repère ;
- elle rappelle une période où l'on cherchait à améliorer le cadre de vie par la création artistique, avant même que les murs peints de bande dessinée ne deviennent l'image d'Angoulême.
Aujourd'hui encore, lorsqu'on évoque les murs peints d'Angoulême, "Kalis" est souvent cité comme un précurseur. Il représente une autre facette de l'identité de la ville : non pas seulement la capitale de la bande dessinée, mais aussi une ville où l'art public a servi à accompagner la vie des quartiers et à créer une mémoire collective.