La Charreau
À propos
La Charreau, également appelée Charraud ou Charrau, est une petite rivière de Charente, affluent de rive gauche de la Charente. Elle constitue l'un des principaux cours d'eau du sud de l'agglomération d'Angoulême et appartient au bassin versant de la Charente. Elle est notamment connue pour les nombreux moulins et anciennes papeteries qui ont utilisé son énergie hydraulique.
Géographie
La Charreau prend naissance sur la commune de Torsac, au sud d'Angoulême. Sa source est localisée à la fontaine des Garands, à environ 120 m d'altitude, à l'est du bourg de Torsac. Les données hydrographiques officielles retiennent une longueur d'environ 17 km, tandis que les sources locales et les données historiques donnent 17,4 km.
Elle s'écoule globalement du sud-est vers le nord-ouest, en suivant une direction comparable à celle de l'Anguienne et des Eaux Claires. Elle rejoint la Charente à Saint-Michel, en aval d'Angoulême, au niveau de Chantoiseau.
Son bassin versant couvre environ 60 km² à l'aval. Le cours principal présente une pente moyenne relativement faible, de l'ordre de 0,46 %. La rivière a incisé les formations calcaires du Crétacé et les fonds de vallée sont constitués notamment de limons calcaires et de secteurs humides.
La Charreau possède un régime pluvial océanique, avec des variations de débit liées principalement aux précipitations.
Hydronymie
Le cours d'eau est désigné sous plusieurs formes : Charreau, Charraud et Charrau. L'administration de l'eau utilise aujourd'hui principalement le nom La Charreau.
L'orthographe Charraud demeure cependant très présente dans les documents locaux, notamment dans les appellations historiques et celles des organismes qui travaillent sur le bassin versant.
Le nom doit être distingué de celui de la Charente, dans laquelle la Charreau se jette.
Communes traversées
D'amont en aval, la Charreau traverse ou concerne principalement :
- Torsac
- Vœuil-et-Giget
- Mouthiers-sur-Boëme
- La Couronne
- Saint-Michel
La rivière traverse ainsi des secteurs ruraux et boisés en amont avant de rejoindre des espaces davantage urbanisés et industriels dans sa partie aval.
Affluents
La Charreau possède deux principaux affluents identifiés par le système d'information sur l'eau du bassin Adour-Garonne :
- le ruisseau de la Fontaine de Quatre Francs, long d'environ 2,1 km ;
- le ruisseau de la Fontaine du Roc, long d'environ 1,3 km.
Tous deux rejoignent la Charreau en rive gauche.
Le réseau comprend également des bras secondaires et de nombreuses sources qui alimentent le cours d'eau et ses zones humides. Une étude du bassin a notamment recensé 24 sources et 45 plans d'eau, certains pouvant avoir une influence sur la disponibilité de l'eau dans le cours aval.
Faune et flore
La Charreau présente une mosaïque de milieux : cours d'eau, ripisylves, prairies humides, mares, zones tourbeuses, boisements et coteaux calcaires.
Les secteurs humides associés à la rivière accueillent notamment :
- libellules et autres odonates ;
- amphibiens ;
- reptiles ;
- oiseaux des zones humides ;
- poissons et invertébrés aquatiques ;
- chauves-souris dans les cavités et anciennes carrières proches des vallées.
Les libellules constituent un groupe particulièrement étudié localement : Charente Nature organise notamment des observations dans les mares, étangs et secteurs humides de la vallée.
La végétation comprend des aulnaies-frênaies riveraines, des mégaphorbiaies et des prairies humides, auxquelles s'ajoutent sur les versants calcaires des pelouses sèches et des boisements thermophiles.
Aménagements
La Charreau a été profondément aménagée au cours des siècles pour utiliser son énergie hydraulique.
Dès Torsac, des dérivations et des biefs ont permis d'alimenter plusieurs moulins. Plus en aval, la rivière a été utilisée par une importante succession de moulins à farine et surtout de papeteries.
Parmi les établissements historiques associés à la Charreau figurent notamment :
- le moulin de la Combe ;
- le moulin de Frézanne ;
- le moulin de l'Andole ;
- le moulin de Vœuil ;
- le moulin de Poulet ;
- le moulin de Cothiers ;
- le Moulin Neuf ;
- le moulin de Breuty ;
- le Grand Girac ;
- le Martinet ;
- la papeterie de Saint-Michel.
La rivière a donc constitué un véritable axe industriel hydraulique dans le sud de l'Angoumois.
Aujourd'hui, la gestion du cours d'eau vise notamment à améliorer les écoulements, préserver les zones humides, maintenir les berges et restaurer la continuité écologique. Le bassin fait l'objet d'un suivi de la qualité de l'eau, avec notamment des stations à Torsac et Saint-Michel.
Histoire
L'histoire de la Charreau est intimement liée à l'utilisation de la force de l'eau.
À partir du Moyen Âge puis surtout à l'époque moderne, les moulins se multiplient le long de son cours. La présence de nombreux biefs et dérivations témoigne de l'importance de cette énergie hydraulique.
La papeterie prend progressivement une place majeure. Au Grand Girac, à La Couronne, une usine de pâte à papier construite vers 1840 succède à deux anciens moulins à papier dont l'origine remonte à 1557.
À Saint-Michel, le moulin à papier du Martinet, installé sur la Charreau, fonctionne de la fin du 18e siècle jusqu'aux environs de 1960. Transformé en usine à papier en 1837, il employait environ 200 personnes en 1846, illustrant l'importance économique de la rivière à l'époque industrielle.
La Charreau a donc joué un rôle important dans l'histoire économique de l'Angoumois, en particulier dans l'industrie papetière.
Patrimoine
Le patrimoine lié à la Charreau est essentiellement hydraulique et industriel.
On retrouve le long de son parcours :
- anciens moulins ;
- biefs et canaux de dérivation ;
- anciennes papeteries ;
- ouvrages hydrauliques ;
- bâtiments industriels ;
- lavoirs et fontaines associés au réseau d'eau.
Le secteur du Grand Girac, à La Couronne, constitue un exemple remarquable de cette histoire industrielle : l'ancienne usine de pâte à papier y a succédé à des moulins à papier attestés dès le 16e siècle.
À Saint-Michel, le souvenir du moulin à papier du Martinet est également conservé à travers sa turbine installée au rond-point du Martinet, après la disparition de l'ancien bâtiment.
La vallée
Sans constituer un site distinct de la rivière, la vallée de la Charreau correspond au couloir naturel creusé par la rivière dans les plateaux calcaires du sud d'Angoulême.
Elle devient progressivement plus encaissée vers l'aval. À Torsac, elle présente encore un fond relativement ouvert ; vers Vœuil-et-Giget et La Couronne, les versants calcaires deviennent plus marqués et peuvent présenter falaises, boisements et anciennes carrières.
Cette vallée associe donc des milieux aquatiques et humides au fond, à des coteaux calcaires secs et thermophiles sur les versants. Cette juxtaposition explique une partie de sa richesse écologique.
Protection
La Charreau bénéficie de plusieurs dispositifs de connaissance et de protection environnementale.
Le secteur appartient notamment au site Natura 2000 "Vallées calcaires péri-angoumoisines" (FR5400413), qui regroupe les vallées de l'Anguienne, des Eaux Claires et de la Charreau. Les enjeux portent notamment sur les pelouses calcicoles, les milieux aquatiques, les zones humides et les cavités utilisées par les chauves-souris.
La Charreau est également intégrée aux grands ensembles écologiques recensés dans l'Atlas de la Biodiversité Intercommunale, notamment les "Vallées calcaires périangoumoisines", classées ZNIEFF de type II et Natura 2000.
Sur le plan de la gestion de l'eau, une partie amont de la Charraud est identifiée comme réservoir biologique, et certains tronçons bénéficient de dispositions destinées à préserver la continuité écologique.
La préservation concerne également les zones humides et les ripisylves, essentielles au fonctionnement du cours d'eau. Des actions locales ont notamment porté sur la réhumidification de prairies, la plantation de haies et la restauration des habitats aquatiques.